Une place particulière dans mon cœur

Publié par le 14 octobre 2012

J’avais 20 ans lorsque, pour la première fois, un Esprit s’est communiqué à moi. C’était par l’intermédiaire du oui-jà, cette technique médiumnique rudimentaire qui consiste à relever les lettres que désigne une tablette ou un verre sur lequel reposent nos doigts. Placées côte à côte, elles forment alors des mots et des phrases. Ma sœur Rosa était avec moi. Elle connaissait ce moyen de communication pour l’avoir exercé déjà plusieurs fois. Elle croyait en la possibilité pour les défunts d’adresser un message à leurs proches restés sur terre. Elle se méfiait toutefois de cette pratique car elle avait déjà eu le sentiment que certains de ses interlocuteurs ne s’étaient pas montrés très sérieux.

Une âme bienveillante

Je dois dire que je garde de cet instant un souvenir intense, très agréable et ému. Car, outre le sentiment que s’était partiellement dévoilé à moi,  jeune homme timide et  impressionnable, le plus grand mystère de tous les temps, je m’étais pris d’affection pour l’entité qui avait accepté, ou décidé, d’ouvrir ma conscience à la réalité de la survivance humaine.

C’était une âme qui avait été une jeune femme dans sa dernière existence. Répondant à nos questions, refusant de répondre à certaines autres, elle s’était montrée sincère et douce avec nous, drôle aussi, pour autant que je pouvais en juger à cette époque. J’ai ainsi le souvenir d’une complicité entre elle et moi qui a duré l’espace d’une heure ou deux. C’est étonnant à dire mais je crois que l’impression qu’elle avait produite sur moi est de la trempe de celles qui naissent avec les premiers amours. On se souvient tous de son premier flirt, n’est-ce-pas. Moi, je me souviens des émotions et de la reconnaissance que j’ai éprouvées pour cette entité qui avait eu assez d’affection pour me révéler son existence.

Après cette séance, j’ai désiré conserver un souvenir d’elle. Je désirais l’avoir sous les yeux afin que sa vue me la rappelle. Aussi, j’avais soustrais à mon neveu des lettres multicolores en plastique et aimantées avec lesquelles il apprenait à lire. Je n’avais pris que cinq lettres, pas plus, celles qui formaient son prénom. Et dans ma chambre, je les avais disposées sur mon radiateur. Ainsi, je les caressais quotidiennement du regard. Je les ai conservées cinq ans, sans jamais les déplacer. Puis, un jour, j’ai décidé qu’il était temps de lui dire au revoir. Dans la prière que je lui adressais, chaleureuse, émue, je la remerciais du fond du cœur pour le rôle qu’elle avait joué dans ma vie. Cela avait été un tout petit rôle, mais il avait eu des conséquences importantes puisque je devinais que j’allais lui devoir, en quelque sorte, la spiritualité qui est la mienne aujourd’hui.

Grâce à cet Esprit, qui fut le tout  premier d’une longue liste, je joue moi-même désormais un rôle sur la scène spiritualiste de la vie. J’ai ensuite rendu les cinq lettres à mon neveu qui n’en avait pourtant plus besoin. Et j’ai complètement oublié le patronyme de cette jeune femme. Aujourd’hui, je l’ai retrouvé, couché sur un papier que j’avais écrit à l’époque.

Elle me trouvait beau

Laissez-moi vous parler d’elle. Après toutes ces années, c’est ma manière de lui rendre encore un hommage. A ma sœur et moi, au milieu d’autres choses, elle avait indiqué son nom et son prénom ainsi que les circonstances de sa mort. Elle disait s’appeler Irène F. Elle avait été une jeune femme juive de 21 ans. Elle avait été mariée et maman d’un enfant. Irène était née en France, dans un Centre de Soins, peut-être en Bretagne ou Normandie, et était morte quelque part au-delà de la frontière. En 1942, elle disait effectivement avoir sauté du train qui l’emmenait vers un camp de concentration. Son geste, accidentel ou volontaire, lui avait en tout cas évité une mort programmée et épouvantable.

Comme Esprit, j’ai aimé sa bienveillance, composée de gentillesse et d’honnêteté. Cela transparaissait dans ses messages, dans ses réactions à nos questions et commentaires, dans la douceur aussi du déplacement du verre que suivaient nos doigts. Ainsi, lorsque nous lui posions une question embarrassante, dont elle ignorait la réponse ou bien à laquelle il lui était interdit de répondre, elle déplaçait le verre que nous utilisions vers la lettre X. Curieusement, ce X entretenait un mystère et nous nous en amusions tous les trois. Nous nous amusions aussi à relever sa position autour de nous ; elle se tenait souvent derrière moi et disait qu’elle me trouvait beau.

Dans l’Océan de ma mémoire

J’ignore ce que la belle âme d’Irène est devenue depuis notre rencontre. J’ai bien une idée mais elle ne prête pas à conséquence. Quelques fois, j’ai l’impression de l’entendre, mais je ne suis sûr de rien. Peut-être, un jour, aurai-je de ses nouvelles, lorsqu’elle le décidera elle-même. Je suis simplement heureux de constater qu’avec le temps le souvenir que je conserve d’elle ne s’efface pas. Il s’éclipse souvent mais ne se perd jamais, tel le projecteur d’un phare dans l’Océan de ma mémoire.

Il est une chose singulière que d’aimer un Esprit qui n’a pas été un membre de sa famille ni un proche, n’est-ce-pas? Pourtant, au fond, n’est-ce-pas ce que nous souhaitons toutes et tous : parvenir à aimer sans réticence par-delà les frontières, le plus universellement, le plus fraternellement possible? Ainsi, hormis  mon guide spirituel et une poignée d’autres compagnons invisibles pour qui je nourris des sentiments uniques, de tous les Esprits avec lesquels je me suis entretenu pas la suite, qu’ils aient été souffrants ou qu’ils aient joui d’un bonheur inconnu sur terre, qu’ils m’aient été étrangers ou familiers, simples quidams ou purs Esprits, pour lesquels j’ai toujours éprouvé beaucoup de respect et de gratitude, je crois qu’Irène a une place particulière dans mon cœur.

Auteur : Victor Maïa
Le 14 octobre 2012
Mots-clés : Non classé
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